an owl in daylight
exposition collective
curatée, écrite et co-scénographié
paris - archive de Jacques Tait
28.05.2026 -
07.06.2026
Tant de choses sont passées devant mes grands yeux glauques. À la fin de notre histoire, les bêtes diurnes auront pris leurs quarts et la lune aura avalé le soleil qui continuera de brûler du fond de son ventre jaune. Viendra alors le temps des rêves, des animaux tendres et cruels et des oiseaux mauves aux masques de nacre qui partout feront la nuit. Au soleil des loups, nous nous en irons aveugles, comme ces chouettes effrayées à la lumière du jour.
Inspirée du folklore oraculaire associé aux chouettes effraies et aux thèses respectives sur le rêve des philosophes Ernst Bloch et Walter Benjamin, An Owl in Daylight est une exposition construite autour d’un long poème en prose racontant les souvenirs et les hallucinations d’un oiseau pris
au piège d’un écran de télévision. Présentée à l’occasion de la première réouverture aux publics des archives du cinéaste Jacques Tati, l’exposition proposait de déambuler sans ordre précis dans les différents étages d’un bâtiment en cours de rénovation, guidé par une voix semi-humaine spatialisée en 3D par le studio de design sonore Monom et diffusée par une soixantaine de haut- parleurs disséminés dans le lieu, permettant de déplacer physiquement le son à travers les pièces. Tout du long des étages, les visiteur·euses traversaient les rêves successifs de l’oiseau, composés narrativement à partir des œuvres des artistes présentées dans l’exposition, passant ainsi d’étage en étage pour remonter jusqu’à la figure du rêveur final dans les derniers niveaux du bâtiment. Si, dans son écriture, An Owl in Daylight visait à mettre en place un dispositif narratologique basé sur la texture particulière des rêves, en jouant par exemple sur des motifs obsessionnels et récurrents, elle fut aussi l’occasion, sur le plan théorique, de s’intéresser à la récrudescence des formes oniriques dans la production artistique contemporaine, et de formuler certaines hypothèses quant à l’émergence d’un surréalisme post-digital concomitant à la dissolution de plus en plus marquée du virtuel dans le réel et à l’émergence du phénomène culturel constitué par les espaces liminaux.
© Nam June Paik
Late Late Show, 1986